Le bien-être mental des entrepreneur.e.s : plus qu’une tendance, une nécessité

9 mai 2024 BlogueEspace-inc Espace-inc

On parle beaucoup du sujet de la santé mentale chez les entrepreneur.e.s depuis quelques mois.  Les initiatives se multiplient et la détresse psychologique vécue par plusieurs se ressent dans le marché et ne peut plus rester cachée.  On parle d’isolement, de pression, de détresse et de dépression chez les entrepreneurs.  J’étais au lancement du livre de Dominique Gagnon intitulé « Et si l’entrepreneuriat rendait fou? »  le 19 mars dernier et les statistiques partagées lors de cette soirée étaient affolantes.  Selon les études, le suicide serait la deuxième cause de mortalité chez les entrepreneur.e.s, juste après la crise cardiaque.  Il y aurait chez les entrepreneur.e.s 2 fois plus de dépression, 3 fois plus de dépendances et 3 fois plus d’hospitalisation psychiatrique que la population générale.  Et pourtant, en pleine conscience et en toute connaissance de cause, je continue à ce jour de choisir de pratiquer ce métier fascinant et exaltant.  De la folie?  Peut-être, mais une belle folie.

Pour vous mettre en contexte, pendant 16 ans, j’ai connu une première grande aventure entrepreneuriale en tant que cofondateur et Président d’une société technologique qui s’est retrouvée à la Bourse de croissance TSX.  J’ai connu les hauts et les bas de l’entrepreneuriat, de l’entreprise technologique ayant connu la plus forte croissance sur la TSX.V jusqu’à la fermeture de l’entreprise en 2016.  À travers mon parcours, j’ai connu des moments d’isolement, des crises d’anxiété, des épisodes de stress intense, mais également d’euphorie, de grande fierté et d’extrêmes réalisations.  Ces montagnes russes émotionnelles sont le propre de la plupart des entrepreneur.e.s face aux aléas du marché et de l’économie. 

Après la fermeture de l’entreprise, j’ai vécu un épisode de perte de sens et d’identité.  Je n’avais plus de repères et mon estime de moi était gravement affectée.  C’est lorsque mon ancien CFO et grand ami s’est suicidé que j’ai pris conscience de la souffrance extrême que l’on peut vivre et accepter en silence.  C’est à ce moment que j’ai décidé de consulter et de demander de l’aide psychologique.  Au fil du temps, j’ai pu guérir de mes blessures, comprendre mes mécanismes de défense, retrouver le chemin du bonheur et raviver le désir d’entreprendre.  J’ai fait du bien-être mental des entrepreneur.e.s ma cause personnelle. Devenant un ambassadeur Relief, je donne des conférences sur ce thème, partageant mon expérience et offrant un regard introspectif sur mon propre parcours. J’espére ainsi aider d’autres, présentement sur leur chemin et qui pourraient se reconnaître.

Une partie du problème que nous connaissons aujourd’hui vient de la culture toxique de l’entrepreneuriat. La culture du superhéros, capable de tout prendre, de tout résoudre, de subir les pires pressions sans sourciller.  La culture de la souffrance salvatrice où l’on célèbre la douleur et les cicatrices comme des rites de passage obligés.  La culture de l’investisseur tout puissant qui a le droit de vie et de mort sur les jeunes pousses.  La culture déshumanisante où l’identité de l’entrepreneur.e et de l’entreprise ne font qu’un et où la valeur de l’entrepreneur.e est intimement liée aux résultats financiers de son entreprise.  Et finalement, la culture de l’échec que l’on voit comme une honte suprême au lieu de célébrer l’apprentissage et l’évolution de l’entrepreneur.e.  On n’a qu’à regarder la façon dont on traite les entrepreneur.e.s connus ayant dû fermer boutique dans les médias sociaux pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène.

Le problème est d’autant plus exacerbé en entrepreneuriat technologique : l’univers auquel j’appartient et que je connais le mieux.  Depuis quelques années, le modèle préconisé par le capital de risque nécessite que les entreprises dans lesquelles elles pourraient investir aient le potentiel de devenir une licorne, une entreprise ayant une valorisation de 1 milliard de dollars dans un horizon de 5 ans à maximum 10 ans.  Juste pour le plaisir, combien d’entreprises milliardaires québécoises fondées au cours des 10 dernières années pouvez-vous identifier rapidement?  Lorsqu’on sait que 93 % des jeunes pousses technologiques cessent leurs activités à l’intérieur de 3 ans de leur fondation, on se rend compte de l’immense écart entre le rêve et la réalité probable de l’issue de l’aventure. 

On demande donc à des jeunes, souvent des finissant.e.s universitaire, de créer des entreprises potentiellement milliardaires, et ce, sans expérience entrepreneuriale, sans connaissance du domaine, sans contact dans l’industrie et avec des ressources plus que limitées.  Lorsqu’ils obtiennent leur premier financement, c’est l’euphorie.  Lorsqu’ils connaissent leurs premiers revers inévitables dans le marché, c’est la catastrophe, le sentiment d’imposteur, la terreur de l’échec et de ce que cet échec pourrait vouloir dire sur leur propre valeur.  Et pour couronner le tout, on leur demande de vivre tout ça sans les rémunérer décemment, leur demandant de créer de la valeur tout en vivant dans la précarité et l’insécurité financière.  Ce n’est pas normal, ce n’est pas acceptable.  Si l’entrepreneur.e était un athlète de pointe, il aurait droit à un psychologue sportif, un nutritionniste, un coach, un préparateur sportif et j’en passe.  Il aurait un salaire décent, des vacances pour récupérer et des ressources qui lui permettraient de se concentrer sur sa performance.

 

« Investir dans le bien-être de l’entrepreneur, c’est investir dans le succès de l’entreprise et dans la création de valeur. » – Nicholas Routhier

 

Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir dans le monde de l’entrepreneuriat pour faire évoluer les mentalités.  La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas à attendre après cette évolution pour changer votre propre vie.  Vous pouvez changer votre propre réalité, vos propres croyances et vous outiller pour prioriser votre bien-être mental.  Comme je le dis souvent, ce n’est pas parce que l’entrepreneuriat c’est dur que ça doit être souffrant.  Dans un prochain article, je vous partagerai des outils et des trucs que j’ai mis en application au fil du temps qui me permettent de mieux vivre mon propre parcours entrepreneurial en me traitant avec davantage de compassion et de bienveillance.  Ces trucs me permettent aujourd’hui d’aborder mon aventure en toute sérénité malgré les inévitables stress et obstacles sur le chemin, et ce, au bénéfice de tous, que ce soit la famille, l’équipe, les investisseurs et bien-sûr, moi-même.  J’espère que vous en ferez autant pour vous : vous le méritez!

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Rédaction :

Nicholas Routhier – Entrepreneur et coach, Espace-inc

Coordination :

Meghan Beaudette – Coordonnatrice marketing et communications, Espace-inc